Véganisme versus écologie

— Quoi ! Tu es vegan et tu manges des bananes ??!!
— Tu as un smartphone et tu prétends être vegan, n’importe quoi !
— Tu es hypocrite, tu devrais vivre dans une cabane au fond des bois !

Que lea vegan qui n’a jamais entendu des absurdités de la sorte lève la main ! D’après les omnivores, les vegans n’en font pas assez, jamais assez. On n’est pas assez écolo, on pollue trop, on ne mange pas assez local, on achète trop de vêtements ou d’objets fait en Chine… Nombreux sont ceux qui tentent de mettre à jour nos (soi-disant) contradictions. A les entendre on pourrait même penser qu’on est responsable du trou dans la couche d’ozone, voir même de la peste de 1348 ! Et bien sûr à côté de ça iels vont nous accuser d’être trop extrémiste ! Trololol…

 

Le véganisme est-il de l’écologie ?

Un certain nombre de personnes non vegans voient la libération animale comme étant une problématique liée à l’écologie, à la sauvegarde de la planète et de l’environnement.
Or, il n’en est RIEN. Le véganisme est un mode de vie et une lutte politique contre l’exploitation des animaux. Ces derniers étant emprisonnés dans des fermes, des laboratoires, des zoos, des cirques, des centres équestres ou pêchés dans la mer. Le véganisme vise les animaux UTILISÉS et ABATTUS par les humains, c’est-à-dire 65 milliards animaux terrestres et des centaines de milliard de poissons par an, ceux que nous domestiquons, faisons naitre et élevons. Quant aux animaux sauvages, c’est-à-dire la minorité d’animaux qui est en train de disparaitre grâce à nous les humains, nous proposons tout simplement de leur foutre la paix.

L’écologie quant à elle se divise en deux catégories :

– L’écologie anthropocentrée : c’est-à-dire une lutte pour le bien-être de l’humain, contre les pesticides, les OGM, la pollution des voitures, etc, parce que c’est mauvais pour la santé. Cette écologie met l’humain au centre de ses préoccupations. Je ne vais pas développer plus car c’est le credo d’à peu près toutes les grandes organisations écologiques actuelles, que tout le monde connait.

– Ensuite on trouve le mouvement de l’écologie biocentrée : celle-là au contraire se centre sur la nature elle-même. Fondée dans les années 70 par un norvégien, Arne Næss, qu’il nomma Deep Ecology, elle prône le respect de la biosphère et d’arrêter de mettre l’humain au sommet de la hiérarchie. Ce mouvement développe l’idée que les humains doivent vivre en respectant le plus possible leur environnement et donc en exploitant le moins possible la planète. Des associations comme Earth First, Sea Shepherd ainsi que l’ELF s’inscrivent dans cette lignée. (A noter que le mouvement est plus développé aux USA qu’en Europe)

Le véganisme pourrait faire partie de cette dernière mouvance, après tout l’élevage est la première source de pollution de la planète (à hauteur de 51%), et l’antispécisme prône aussi de ne pas hiérarchiser les espèces animales et humaines .

Cependant, la Deep Ecology se soucie surtout de l’équilibre des écosystèmes, pas forcément de l’élevage, et n’est pas contre le fait de tuer ou chasser des animaux à condition que ça n’impacte pas les espèces et leur écosystème. Ce n’est pas du tout ce que prône le véganisme qui se soucie plus des individus, et de leur intérêt à vivre et ne pas souffrir, que le maintien des espèces. Quel est l’intérêt de forcer des individus à se reproduire sous prétexte que l’espèce va disparaitre, si c’est pour qu’ils passent toute leur vie dans des cages en captivité, que ce soit dans des fermes pour être exploités et égorgés, ou dans des zoos pour divertir les citadins ?

Une organisation qui illustre bien ce paradoxe est Sea Shepherd, avec à sa tête Paul Watson, l’ami des fascistes (1). Les dirigeants ne se cachent pas d’être véganes et luttent jusqu’à se mettre en danger pour sauver des animaux marins. Sea Shepherd est majoritairement très appréciée et soutenue chez les véganes. Petit soucis : Sea Shepherd ne remet jamais, mais alors jamais, en question le spécisme et l’exploitation des animaux. Jamais ils ne se positionnent contre la pêche en elle-même, ils luttent uniquement – et ils le disent eux-mêmes – contre la pêche illégale, surtout des animaux « mignons » baleines et dauphins en tête, pour préserver, « conserver » comme ils disent, les océans. C’est donc une organisation écologique, mais certainement pas de libération animale
Car le véganisme, est quant à lui une lutte sociale pour l’arrêt total de l’exploitation et du meurtre des animaux. Le véganisme se centre SUR LES INDIVIDUS ANIMAUX, sur leur droit à vivre libre, pas sur les écosystèmes et la pollution de la couche d’ozone.

Est-ce qu’on reproche aux autres mouvements de lutte sociale comme le féminisme, l’anti-racisme, l’anti-capitalisme etc de ne pas se soucier de l’environnement ? Est-ce qu’on a reproché aux artisans du Mariage pour tous d’être hypocrites car ils roulent en voiture et mangent du chocolat ? Non, n’est-ce pas, et ça parait absurde car tout ceci n’a aucun rapport avec l’écologie ! Alors pourquoi le véganisme devrait en avoir un ? Pourquoi devrions-nous être de parfaits écolos pour pouvoir militer pour les animaux ?

Cowpiracy, un documentaire sur les liens entre l’élevage et la pollution

Peut-on utiliser l’argument de l’écologie pour militer ?

Malheureusement toutes les grosses associations animalistes (qui sont toutes réformistes) participent elles-mêmes à cette confusion en utilisant sans cesse des arguments écologistes, et les non-véganes s’attendent ainsi à ce que les véganes soient des vrais écolos. C’est une grosse erreur de stratégie car ça invisibilise en plus les animaux, alors que leur souffrance est une raison largement suffisante en soi pour devenir véganes.

Et c’est ainsi que des bloggeu-rs-ses se retrouvent à faire des articles ridicules dans lesquels iels se sentent obligé-e-s de justifier le fait de ne pas être parfait-e-s. Alors que la plupart des non-vegans ne font aucun effort pour vivre de façon écolo et se permettent pourtant de nous faire des reproches.

De plus, il est hélas possible en théorie d’exploiter des animaux de façon écologique (en théorie car ça implique de ne pas consommer plus de 60g de produit d’origine animale par semaine (2), franchement quel intérêt ?). Et il peut y avoir conflit entre véganisme et écologie. Ce peut être le cas par exemple de l’agriculture, on cultive habituellement avec des véhicules motorisés, qui polluent donc. Contre ça, quelques petits agriculteurs exploitent alors des bœufs, à l’ancienne, pour labourer. Je ne suis personnellement pas vraiment convaincu que ce soit réellement écologique mais c’est du moins ce qu’ils prétendent. On se trouve donc ici en face d’un conflit, et la position du véganisme est que les animaux priment sur l’écologie, comme les humaines priment aussi sur l’écologie (parce qu’il faut bien vivre, et vivre sans empreinte écologique du tout est impossible, par contre on peut essayer de la minimiser).

On peut ajouter aussi que les écologistes se fichent bien des animaux exploités, quelle organisation ou association écologiste prône la libération animale ? Aucune. Alors pourquoi ce besoin de nous rattacher à leur mouvement ?

En bref, le véganisme n’a pas de rapport avec l’écologie, et on peut parfaitement être à la fois vegan et un-e horrible pollueur de la planète, ça n’est pas incompatible. On peut aussi être vegan et écolo bien sûr mais ce n’est pas une obligation, et nous reprocher de ne pas l’être est injustifié.

(1) http://www.lesenrages.antifa-net.fr/sea-shepherd-reactionnaire-mon-cher-watson/
(2) Cowspiracy, documentaire de Kip Andersen

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